Andrew STILL, fondateur de l'ostéopathie, Histoire de l'Ostéopathie. Valérie TOUATI-GROSS Ostéopathe à Paris

still psteopatheLa découverte de l'ostéopathie est indissociable de l'histoire des États-Unis, qu'il s'agisse des événements politiques, ou de l'évolution des idées et de la médecine au cours du XIXe siècle.

Andrew Taylor Still naquit en 1828 dans une famille de missionnaires méthodistes (protestants) américains. Son père Abram prêchait une religion très puritaine qui reposait sur la peur de l'Enfer, mais aussi sur le moyen d'y échapper : l'amour de Dieu et la fraternité entre les hommes. Comme la grande majorité de ses coreligionnaires, c'était un fervent anti-esclavagiste, épris de démocratie, défendant les droits des femmes, soignant les âmes autant que les corps.
Sa vie religieuse se doublait d'une activité de petit fermier et de médecin des pauvres, principalement des Indiens. Sa pratique reposait sur un curieux mélange de médecine européenne avec les drogues "héroïques" de l'époque : le calomel (dérivé du mercure), l'opium, la saignée et la purge, et de médecine populaire avec des plantes médicinales et surtout des conseils d'hygiène et de vie saine.

Le jeune Andrew participa très tôt à la vie de la ferme, acquérant en outre une grande habileté dans la chasse aux animaux sauvages qui pullulaient alors, et découvrant l'anatomie en dépeçant le gibier. Plus tard, il ira dans les cimetières des villages indiens, où son père est missionnaire, déterrer des squelettes pour perfectionner ses connaissances. À l'âge adulte, Andrew accompagne son père et apprend la médecine à ses côtés, s'intéressant aux connaissances des Indiens dans ce domaine et complétant cet apprentissage par de nombreuses lectures. Une formation d'autodidacte, comme ce sera le cas pour la majorité des médecins de l'Ouest américain, avant que l'enseignement de la médecine ne soit réglementé, vers 1870-1880. 
En 1853, les Still partent dans une mission indienne du Kansas, un territoire de la "frontière" (terme qui désignait alors toutes les régions situées à l'ouest du Mississipi qui n'étaient pas encore des États). Des dizaines de milliers d'immigrants fondaient dans cette région des colonies agricoles et parfois des villes nouvelles. Andrew Still, devenu à son tour médecin, participa avec ses frères à la création de Baldwin City. Il se lança dans des études de mécanique, acheta une des premières machines à vapeur, créa une scierie et mit au point différents engins agricoles. La région était alors agitée par une guerre civile larvée. Andrew participa à plusieurs opérations militaires menées par les forces anti-esclavagistes avant de s'enrôler pendant la guerre de Sécession du côté des Nordistes.

Un fervent de la théorie de l'évolution

En février 1864, Andrew Still perd trois de ses enfants frappés de méningite. Il connaît alors une crise profonde au cours de laquelle il remet en question ses convictions religieuses et rejette la médecine classique, dénonçant les ravages faits par les médicaments (fort dangereux) de l'époque. Voulant percer les secrets de la nature humaine, il part en pionnier explorer les nouveaux territoires de la connaissance scientifique autant que philosophique. 
Devenu "spiritualiste", fervent défenseur de la théorie (toute neuve) de l'évolution, Still fréquente les courants médicaux hétérodoxes en pleine expansion, notamment les homéopathes et les précurseurs de la naturopathie dont les convictions rejoignent souvent les siennes. Refusant tout médicament, sa pratique devient progressivement celle d'un rebouteux et magnétiseur. Cela lui vaut bien des démêlés avec une partie de sa famille et de ses anciens congénères qui se demandent s'il n'est pas possédé par le Diable…

Au début de l'été 1874, il a l'intuition d'avoir trouvé la clé d'une nouvelle médecine. Quelques semaines plus tard, une invasion de sauterelles ravage le Kansas, détruisant les récoltes et ramenant la famine. La famille Still émigre vers des terres plus hospitalières, à Kirksville (Missouri). Il traverse une période difficile pendant laquelle il perfectionne ses techniques manuelles et définit les grands principes de sa médecine à laquelle il donne, en 1885, le nom d'ostéopathie.

Son efficacité et ses connaissances scientifiques lui vaudront peu à peu une grande réputation. Parmi les personnalités qui défendront alors l'ostéopathie, on peut citer l'écrivain Mark Twain.
En 1891, Still a créé le premier collège d'ostéopathie à Kirksville (collège qui existe toujours) où il enseignait une approche globale de la santé et du corps humain et des techniques de soins exclusivement manuelles. D'autres collèges furent ensuite créés, l'ostéopathie gagna tous les États-Unis, puis l'Europe et d'autres pays. S'il voulait que ses élèves bénéficient des dernières connaissances scientifiques, Still refusait toute assimilation avec la médecine classique et surtout toute prescription de médicaments.


Les premières dissensions apparurent sur ces questions. Peu à peu, le développement de l'ostéopathie lui échappa. Dans ses dernières années, il s'attacha alors à synthétiser sa philosophie dans plusieurs livres. Les excentricités du "vieux docteur", devenu célèbre, faisaient sourire: Still se sera promené toute sa vie avec un sac d'ossements humains, qui lui servaient à montrer les merveilles de la mécanique humaine. Si ses idées, parfois trop dogmatiques, n'étaient pas toujours suivies, il était profondément respecté pour sa science, son expérience et son humanisme. En 1914, il se fit remarquer encore en soutenant le mouvement national pour le droit de vote des femmes. Il mourut en décembre 1917, à 89 ans.